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Société

L’huître, la brume et le fumet

Folie bovine

lundi 16 octobre 2000, par Jacques Delpuget

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L’Huître, la Brume et le
Fumet

Apprentis créateurs sûrs de notre art, à nos
côtés, de paisibles bestiaux évoluent contre nature en
omnivores pansus. Au moment d’en savourer les rondeurs la peur apparaît,
le doute semble parasiter le rôti, quand déjà une chimie
excessive répand la suspicion sur toute pitance.

Crier famine dans l’opulence sonne faux, la prudence est d’examiner la proie
avant de consommer. Seule à respirer à notre table, l’huître
se prête au jeu, la délicieuse se doit de ne point trembler
ni divaguer comme il se fait au troupeau, pour enfin frémir sous un
filet de citron. Apprécions la pureté de cet ultime réflexe,
gage de santé et de sécurité. Sourions, comblés
d’un plaisir simple, tranquille mais de courte durée, le vent de la
marée noire s’est mis à souffler.

Dans la brume, des voix nous exhortent d’aider nos frères
lésés, face à la faim, aux pénuries, à
défendre une fragile survie. Elles désapprouvent notre nourriture,
programmée sur l’abondance plus que la qualité, et dont les
principales vertus, l’aspect, le moindre coût sont d’habiles appâts,
œuvre d’une alchimie mercantile, insatiable en être pernicieuse.
Aussi à l’étale débordent d’alléchantes victuailles,
attirantes et inéluctables traîtresses, hâtées,
dopées, polluées, ignorant les limites de la salubrité,
capables de nuire à la vie, de laisser au-dessus du repas planer
l’irréparable. Et au terroir, quelle déchéance, sous
le joug du rendement, labourage et pâturage, les deux mamelles de
l’histoire, s’acharnent à dévaster la nature, celle qui les
a conçus. Sombre décor, à l’horizon grondent et menacent
les tourmentes de prémices apocalyptiques.

Cessons ces funestes pratiques, d’ouvrir et dérouler les menus sur
une maléfique productivité. De nos racines paysannes retrouvons
le bon sens, et le don de cliquer sur des chemins assainis. Heureuse
avancée menant à une table apaisée, au fumet d’une
potée bien garnie, où à nouveau il sera bon de saliver
sans arrière-pensée...

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