Le mĂ©decin, son obligation de moyens et l’État

vendredi 22 mars 2002

Des mêmes auteurs

 
Tout au long de son activité professionnelle, le médecin doit être en possession de moyens indispensables à son exercice.

Cette obligation n’est pas dĂ©finie de façon prĂ©cise ; Ă  chacun de l’estimer selon son expĂ©rience, son ambition, ses interprĂ©tations du serment d’Hippocrate et du code de dĂ©ontologie. Il doit Ă©valuer ses apports personnels ou matĂ©riels nĂ©cessaires et les actualiser suivant les besoins sanitaires et l’Ă©volution des techniques. Il s’agit ,en quelque sorte, d’un engagement envers la population susceptible d’utiliser ses services.

La compĂ©tence professionnelle est la seule exigence formelle du conseil de l’Ordre, ce sont les diplĂ´mes demandĂ©s lors de l’installation. Par la suite, c’est Ă  chacun d’entretenir ses connaissances comme il lui convient. C’est facile aujourd’hui. L’information est Ă  domicile, mais surabondante ; elle pose un problème de maĂ®trise et de choix des rĂ©fĂ©rences, surtout quand le temps est comptĂ©. Il y a aussi les stages d’un ou plusieurs jours ; une solution coĂ»teuse et efficace, actuellement peu accessible du fait de la charge de la clientèle, des difficultĂ©s d’absence et de remplacement.

La disponibilitĂ©, autre obligation personnelle, n’est pas toujours aisĂ©e, la programmation des activitĂ©s Ă©tant trop dense et la durĂ©e de travail excessive. De mĂŞme, après une nuit de garde, conserver l’esprit clair et disponible tient de l’exploit, surtout si le rythme en est frĂ©quent. L’obligation du repos compensateur sera probablement imposĂ© par les compagnies d’assurances.

La sĂ©rĂ©nitĂ©, devant sublimer la rĂ©flexion et la relation avec le malade, se trouve souvent perturbĂ©e par les lassantes revendications de patients mĂ©contents des attentes. Elle est aussi victime du surmenage et d’inquiĂ©tudes, dans une profession oĂą, par exemple, les risques accidentels ne manquent pas, alors qu’il n’y a pas de couverture du rĂ©gime des accidents de travail !

Le médecin aime son métier passionnant

Le mĂ©decin aime son mĂ©tier passionnant, son action. Mais il accepte mal l’emprise constante, anachronique, d’une vie professionnelle dĂ©calĂ©e et de plus en plus contrastĂ©e avec celle des autres citoyens. Ces problèmes personnels sont, pour la plupart, liĂ©s Ă  la pĂ©nurie de la dĂ©mographie mĂ©dicale dont l’aggravation est indiscutable. La population du pays augmente et vieillit tandis que le nombre de mĂ©decins stagne ou diminue. La situation devient sĂ©rieuse au niveau de certaines campagnes et handicape dĂ©jĂ  gravement le fonctionnement de plusieurs spĂ©cialitĂ©s. La formation mĂ©dicale ne rĂ©pond plus aux besoins. Les hommes politiques, fixant le numerus clausus, rĂ©agissent avec des chiffres insignifiants et irresponsables au regard du problème, de la demande des hĂ´pitaux secouĂ©s par les 35 heures, du dĂ©veloppement du temps partiel liĂ© Ă  la fĂ©minisation et de l’orientation croissante de mĂ©decins hors du système de soins. Les responsables donnent l’impression d’accepter cette pĂ©nurie ou de ne rien faire contre elle. Pendant que des gens surmenĂ©s font face, sans voir se profiler, mĂŞme au loin, une possibilitĂ© d’organiser le travail vers plus de sĂ©rĂ©nitĂ© et de capacitĂ©s.

L’obligation de moyens matĂ©riels est Ă©vidente, le praticien, en investissant, amĂ©liore la surveillance et le dĂ©pistage dans le cadre de sa clientèle. Aussi, il serait normal que les dĂ©cideurs de la SantĂ©, favorisent les achats et les renouvellements en proposant la suppression de la TVA sur le matĂ©riel mĂ©dical, taxe illogique et dissuasive. Il serait Ă©galement juste qu’ils reviennent sur leurs erreurs, comme la diminution de cotations de la nomenclature attribuĂ©es Ă  des actes nĂ©cessitant des appareils très onĂ©reux, dont le but est d’explorer des affections posant des problèmes de santĂ© publique... Et puis, il est indispensable de faciliter les implantations d’Ă©quipements de matĂ©riels lourds, dont la raretĂ© est encore prĂ©judiciable Ă  ceux qui sont atteints par certaines pathologies.

Nous avons une des meilleures mĂ©decines du monde car elle a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e librement par chacun des professionnels de santĂ© qui, en donnant son maximum aux malades, en a fixĂ© le niveau. Elle est humaine, efficace, faite de contraintes, de satisfactions et d’Ă©changes. Dans ce cadre, la responsabilitĂ© de moyens est le garant d’un engagement singulier du corps mĂ©dical envers la sociĂ©tĂ©. Une raison de plus pour mĂ©riter la confiance et l’appui de l’Ă©tat, ce qui ne semble pas ĂŞtre le cas, surtout au moment oĂą la justice a rejoint l’univers de l’infaillibilitĂ©, et laisse dĂ©jĂ  planer sur les tĂŞtes le couperet de l’obligation de rĂ©sultat.


Tweet
 


Répondre à cet article