Politique de santé

Y a-t-il un décalage entre un médecin député et un médecin en exercice ?

L’exercice du secret
dimanche 9 juillet 2006

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La pratique de la profession médicale est diverse et variée, ce qui est une de ses forces mais aussi une de ses faiblesses. La formation et l’expérience de chaque médecin font que, face à un patient, il n’a pas la même approche qu’un confrère. Il y a néanmoins des bases communes à toute la profession : l’interrogatoire et l’examen clinique en font partie.

A l’heure où les économies sont l’une des préoccupations majeures de notre système de santé, ces deux éléments ont le mérite de ne pas être onéreux, d’éviter la réalisation d’examens complémentaires coûteux et pouvant être à l’origine d’évènements indésirables graves. Surtout au moment où la qualité du système de santé a fait l’objet d’une loi et où l’amélioration de la qualité des soins est le maître-mot de la mise en place du dossier médical personnel (DMP). Dans ces conditions, il est étonnant d’entendre au cours des rencontres parlementaires sur le DMP le député Jean-Marie Le Guen (parti socialiste), médecin, réagir au masquage des informations en affirmant qu’avoir accès à toutes les informations concernant la santé d’un patient n’est pas un dû pour le médecin qui le prend en charge. La médecine n’étant pas une science mais un art, il ne voit pas les raisons pour lesquelles un médecin devrait avoir accès à ces données. Le travail du médecin repose sur le doute et il ne convient pas que les choses changent. A l’heure actuelle, le patient pratique déjà le masquage en ne donnant à son médecin que les informations qu’il croit utiles de révéler et ce serait un recul de refuser au patient ce droit dans le cadre du DMP. D’après lui, les médecins sont habitués à faire croire à leur science pour garder le pouvoir ! Les antécédents personnels et familiaux d’un patient n’ont pas à être connus et leur masquage n’a pas d’influence sur la qualité des soins. Le député Le Guen aurait-il peur que quelqu’un ait un pouvoir dont lui-même ne disposerait pas ? Est-ce le propre de la politique ?

Ce point de vue suscite quelques remarques. A un moment où le monde parlementaire s’intéresse de près à l’histoire de notre nation, lui prêtant une importance majeure pour pouvoir comprendre nos erreurs passées mais aussi pour tirer gloire des grands moments qui la jalonnent, il est étonnant que l’on puisse tirer un trait sur l’histoire de la santé d’un patient. Cette histoire est tout aussi riche en informations : elle permet de ne pas faire d’éventuelles erreurs (allergie médicamenteuse par exemple), de comprendre les symptômes d’un patient (occlusion sur bride chez une patiente opérée plusieurs années plus tôt), de rectifier un diagnostic (néoplasie et non syndrome dépressif chez un patient asthénique) ou tout simplement de lier entre eux des antécédents qui paraissaient jusque là sans rapport (éthylisme chronique et baisse de vision dans le cadre d’une neuropathie toxique). Sans parler de problèmes de santé publique : antécédent de neurochirurgie et prévention de la maladie de Creuztfeld-Jacob, séropositivité et protection du personnel soignant, etc.

La confiance est l’une des bases de la relation médecin malade. Or la confiance est basée sur la réciprocité. Le médecin n’a pas le droit de mentir à son patient, le devoir d’information étant devenu au fil des ans l’une des principales raisons engageant la responsabilité devant les tribunaux des médecins. Il ne doit rien omettre même s’il le fait par ignorance. Mais le patient lui est libre de mentir - au moins par omission - et ce sciemment. Et malgré ce masquage de la vérité, le médecin a, dans certains cas, une obligation de résultat. Est-ce bien raisonnable ? Il n’est pas question de restreindre les libertés du patient, il est question de créer un outil - le DMP - servant à améliorer la qualité des soins. Seul le professionnel de santé doit avoir des contraintes ? Le patient doit en être dispensé ? N’est-ce pas simplement démagogique ?
On veut la confiance des médecins mais on ne leur fait pas confiance.

Différents exemples ont été pris pour justifier le masquage des données. Le patient qui se fracture la jambe alors qu’il est en train de faire du ski n’a pas besoin de confier l’ensemble de son dossier au médecin de montagne qui va le prendre en charge. C’est méconnaître l’art de la médecine que d’affirmer cela ! Quid du traitement de la douleur à choisir si le patient a une insuffisance hépatique sur cirrhose qu’il ne veut pas signaler ? Et qu’adviendra-t-il si le patient doit être opéré, hors d’un contexte d’urgence, et qu’il a masqué son hépatite C ? Responsabiliser le patient, ce n’est pas lui laisser masquer ce que bon lui semble, c’est lui faire prendre conscience qu’il a des responsabilités envers ceux qui le soignent, comme il en a vis-à-vis de la société et comme en ont ceux qui vont le prendre en charge !
Les données de santé ont, bien entendu, un rôle social. Le patient peut avoir envie de changer de sphère médicale en fonction de la pathologie qui le conduit à consulter. Si tel est le cas, il faut plutôt se poser la question de la perte de protection que représente les violations constantes du secret médical. Un exemple : toutes les personnes qui ont accès aux feuilles de soins d’un patient, grâce au nouveau codage des actes médicaux où qu’il ait été se faire soigner, peuvent lire à livre ouvert dans la santé d’un individu et cela ne choque personne. Tout cela au nom d’une meilleure gestion des dépenses de santé. On ne s’étonnera pas que le patient puisse avoir l’impression que les intérêts du système passe avant les siens. Le secret médical doit être partagé par le plus grand nombre à partir du moment où cela flatte l’ego de certaines catégories de personnels hospitaliers ou permet de réguler les dépenses de santé pour le simple citoyen. Le médecin qui prend en charge un patient est soupçonné des mêmes maux que les employeurs ou les assureurs, les intérêts en jeu sont pourtant bien différents. Quand le secret médical s’applique à « la France d’en haut », il n’en est plus de même. Il est bafoué mais, cette fois, par excès. On demande au médecin de mentir en faisant de faux bulletins de santé. On peut comprendre que le secret engendre le doute car il a trop souvent été utilisé à mauvais escient. L’homme politique qui a un cancer ne veut pas obligatoirement que cela se sache car ses adversaires pourraient en profiter : c’est bien naturel. Il a le droit au respect de sa vie privée, tout comme l’ensemble de nos concitoyens. Le secret médical est bien là pour que l’on puisse tout dire au médecin qui nous prend en charge puisqu’il a lui-même le devoir de ne rien révéler. Ne croît-on pas capable son médecin de respecter son serment ? Ou ne va-t-on plus le voir que pour obtenir un sésame permettant de faire rembourser son traitement ?

Il existe des parallèles entre les médecins et les députés. Les uns comme les autres sont censés faire passer l’intérêt des gens qui viennent les voir avant les leurs. Ils ne font pas de distinction de race, de religion ou d’origine sociale. Ils ont parfois des décisions importantes à prendre qui peuvent bouleverser la vie d’hommes et de femmes qui leur font confiance. Ils ont des obligations morales. La politique, comme la médecine ou la justice, fait partie des fondements de notre société. Elle traverse une crise de confiance au sein de l’opinion publique, relayée et amplifiée par les médias. Doit-elle, pour autant, stigmatiser d’autres crises de confiance pour détourner l’attention ? A-t-elle des revanches à prendre ?

Les médecins ne sont pas exempts de reproches concernant l’utilisation faite des antécédents médicaux ou du secret médical.
Tomber dans l’excès inverse et faire d’un antécédent un prétexte pour ne pas pousser des investigations n’est pas une attitude responsable. Une histoire de syndrome dépressif ne doit pas faire étiqueter tout nouveau problème inexpliqué dépression. Le secret médical a servi, à une époque, à masquer des erreurs. Il a même pu être maladroitement opposé au patient lui-même au prétexte que ce soit dans l’intérêt du patient. Ces temps sont heureusement révolus. Les jeunes médecins ne doivent pas pour autant payer les erreurs de leurs prédécesseurs. N’y a-t-il pas un droit à l’oubli pour les médecins pourrait-on ironiser ? On parle en effet d’un droit à l’oubli pour le patient concernant les données de santé qu’il ne veut pas porter à la connaissance du praticien amené à s’occuper de lui. On peut comprendre que le patient ne souhaite pas que des moments pénibles de sa vie lui soient remémorés mais son corps, lui, n’oublie pas. Les pathologies du passé peuvent être en rapport avec celles du futur.

Qui a participé aux avancées de la médecine ? Les progrès de la médecine ne sont plus mis au crédit des médecins mais à celui de l’évolution de la technicité et des matériels. Seul l’humanitaire garde une aura et laisse entrevoir une image positive des médecins dans les médias. Le monde politique est aussi plus clément avec les hommes et les femmes qui, pour beaucoup, peuvent se consacrer à l’humanitaire en oubliant que c’est possible parce que ces praticiens ont une activité libérale en parallèle. L’image du médecin avide, imbus de lui-même et incompétent, responsable des déficits que nos institutions ne réussissent pas à juguler, s’efface quand le même individu part à l’autre bout du monde soulager ceux qui n’ont pas accès au régime social le plus généreux de la planète. Heureusement pour notre profession, la grande majorité des médecins qui sont aujourd’hui députés n’a pas oublié les difficultés d’établir un diagnostic, les qualités d’écoute et d’attention indispensables pour soulager un patient qui souffre et le respect du serment qu’ont prêté leurs confrères en exercice. Gageons que ces représentants du peuple, mais aussi d’autres députés d’horizons différents, ne laisseront pas indéfiniment dénigrer une partie de la population pour l’affaiblir car c’est une pratique qui rappelle des heures noires de notre histoire. Mais j’oubliais : l’Histoire n’a pas d’importance...

Voir aussi :
 Mélodie en sous-sol pour le dossier médical personnel
 Le dossier médical personnel à l’assemblée
 La malédiction du dossier médical personnel

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