Ce que d’A1c, d’autres l’ignorent

mercredi 29 novembre 2006

S’il est un usage que chacun s’est empressĂ© de rĂ©cupĂ©rer, c’est bien le dosage de l’hĂ©moglobine (Hb) A1c. La glycĂ©mie au bout du doigt n’interessait plus personne, elle n’Ă©tait pas fiable, trop circonstancielle et peu reproductible.
L’ HbA1c devint le petit plus des diabĂ©tologues puis, par la suite, celui des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes. On allait faire de l’hĂ©moglobine fliquĂ©e l’audit des gens sĂ©rieux et le coup de baguette sur les doigts (devenus dĂ©sormais sans interĂŞt) des inconstants.
Rassurons-nous, les diabĂ©tologues ont toujours un train d’avance sur les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, et les derniers dĂ©bats de congrès concernent le choix douloureux entre la glycĂ©mie Ă  jeun et la glycĂ©mie post-prandiale (GPP). En gros, les Trissotins s’accrochent Ă  l’HbA1c et les Diafoirus sont tous acquis Ă  la GPP.
En avril 2006, trois mĂ©decins amĂ©ricains [1] ont fait part, dans le Jama, de leurs doutes concernant l’HbA1c. L’HbA1c est determinĂ©e Ă  50 % par le dernier mois de glycorĂ©gulation. Il suffit donc que le patient, qui voit son diabĂ©tologue en janvier, en juin et en novembre, fasse le rĂ©gime en dĂ©cembre, mai et octobre, et il aura ainsi un parfait profil glucidique. Les auteurs du Jama se demandent donc si l’HbA1c peut faire partie des moyens "si fiables que cela" pour surveiller un diabĂ©tique, voire mĂŞme pour en parfaire l’Ă©ducation.
La mĂ©decine, qu’elle soit simplifiĂ©e, Ă  l’usage des humbles mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, ou complexifiĂ©e, Ă  l’avantage des sommitĂ©s mĂ©dicales de ce monde, est faite de modes et d’usages. Chaque jour nous nous nourrissons de progrès alambiquĂ©s. DistillĂ©s dans certains congrès liquoreux, plus ou moins sponsorisĂ©s ou tĂ©lĂ©guidĂ©s, nous en faisons ensuite notre petit lait du quotidien.
Il arrive parfois que, sĂ©lectionnĂ©es par le succès comme nous le sommes par l’Ă©chec, quelques sommitĂ©s quittent les congrès en leur plein milieu, alors que la GPP des congressistes va atteindre un taux record.
Vaut-il mieux ĂŞtre honnĂŞte tous les quatre mois, via l’HbA1c, ou interroger sa conscience Ă  chaque occasion sur l’opportunisme et la sottise des dogmes mĂ©dicaux en se piquant le bout de sa jugeotte et de son sens critique ?
Qui veut rĂ©pondre le premier ?

Bruno Lopez

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[1] Saudek CD, Derr RL, Kalyani RR. Assessing glycemia in diabetes using self-monitoring blood glucose and hemoglobin A1c. JAMA 2006 ;295:1688-97.


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